La Quadripartite du 6 mai 2026 intervient à un moment charnière : l’environnement économique se fragilise, l’emploi connaît un ralentissement très significatif et les dépenses pour soins de santé poursuivent leur progression à un rythme plus élevé que celui des recettes. Dans ce contexte, l’UEL plaide pour un redressement de la trajectoire financière de l’assurance maladie-maternité (AMM) fondé sur des décisions structurelles, cohérentes et partagées, afin de sécuriser durablement l’AMM sans alourdir inutilement la charge sur le travail, l’emploi et la compétitivité.
Constat : une trajectoire structurellement déficitaire
Le déficit n’est plus un aléa conjoncturel, mais il s’inscrit dans la durée et se cumule. Entre 2024 et 2025, le déficit a été multiplié par quatre, signe d’une dégradation très rapide, malgré les premiers efforts engagés. 2026 apporte un ralentissement, pas une inversion : sans mesures structurelles, l’écart se reconstitue rapidement dès 2027. Cette dérive est notamment tirée par les prestations en espèces liées à la maladie (en croissance à deux chiffres), la croissance en volume d’actes médicaux et par un niveau de dépenses hospitalières structurellement élevé.
Un effort collectif encore insuffisant : revenir à l’ambition initiale
Ces constats ne sont pas nouveaux. C’est pour cette raison qu’un comité stratégique avait été mis en place à l’initiative du Ministère de la Santé à l’issu de la dernière quadripartite d’octobre 2025, dans le but de détailler, ensemble avec tous les acteurs du système, les mesures d’efficience préconisées pour stabiliser l’assurance maladie-maternité. À ce stade, l’UEL constate un écart entre l’ambition initiale d’octobre dernier (140 millions EUR d’économies structurelles¹) et le niveau effectif des mesures proposées aujourd’hui (plus que 95 millions EUR d’efforts identifiés²), ce qui justifie de renforcer le paquet de mesures pour combler l’écart.
Il est utile de rappeler à ce stade que les mesures de redressement doivent produire des effets durables, et non pas des économies ponctuelles. Dans l’intérêt de la santé systémique et du patient, il est essentiel de privilégier une approche durable, garantissant à la fois la qualité des soins, l’efficience du système et sa soutenabilité à long terme. L’UEL exige donc un package chiffré et coordonné sur les trois leviers d’action (conventionnel, réglementaire, législatif), avec une répartition équilibrée de l’effort. La gouvernance de ces efforts doit permettre de tenir le cap dans la durée, avec des engagements politiques explicites et un suivi régulier des résultats.
Piloter l’offre de soins pour éviter toute prolifération
Les développements récents et à venir de l’offre de soin ambulatoire pourraient contribuer à désengorger les urgences, rapprocher la médecine des patients et améliorer l’efficience du système. Pour autant, le pilotage de cette évolution reste aujourd’hui un angle mort. La volonté de développer davantage de soins ambulatoires est légitime, à condition qu’elle s’inscrive dans une stratégie nationale fondée sur les besoins de santé à l’échelle du pays (accès, qualité, pertinence, répartition territoriale). Faute de pilotage, l’offre se développerait au cas par cas, sans cohérence d’ensemble, avec à la clé des risques de surcapacité, de pénuries et potentiellement des inégalités territoriales. L’UEL appelle donc à instaurer un pilotage national de l’offre et à revoir la planification des projets d’infrastructure futurs à la lumière de ces développements.
Coûts salariaux : un effet d’entraînement à intégrer
L’UEL souligne une réalité systémique : les négociations salariales dans la fonction publique ont, dans les faits, un effet d’entraînement sur l’ensemble des secteurs financés ou cofinancés par la collectivité (hôpitaux, social, soins au sens large). Sans remettre en cause le principe de la négociation collective, il convient d’en reconnaître les implications : ces décisions se diffusent souvent de manière quasi automatique aux autres secteurs, notamment au travers de demandes d’alignement, y compris jusqu’au corps médical. Dans cette perspective, la cohérence de la trajectoire financière suppose que ces négociations intègrent, dès l’origine, une lecture intersectorielle de leurs impacts, afin d’en anticiper les effets et de permettre à l’ensemble des acteurs concernés d’agir en pleine connaissance de cause.
Augmentation des cotisations : une fuite en avant
Tant que la courbe d’évolution des dépenses demeure supérieure à celle des recettes, toute augmentation des cotisations ne fera que déplacer le problème en créant mécaniquement les conditions d’une nouvelle hausse dans quelques années. L’UEL ne peut cautionner une augmentation des cotisations, qui se traduirait par une érosion du pouvoir d’achat, une baisse de la compétitivité et partant, de l’emploi, tout en constituant un fardeau supplémentaire pour les finances publiques. Relever les charges sur le travail sans traiter les moteurs de coûts n’apportent qu’un soulagement immédiat, au prix d’une aggravation différée.
La priorité doit dès lors aller à un package de mesures structurelles, chiffrées et réparties équitablement, articulé sur les trois piliers (conventionnel, réglementaire et législatif) et assorti d’engagements vérifiables ainsi que d’une gouvernance de suivi permettant d’en mesurer les résultats.
Mesures de prudence : ne pas aggraver la trajectoire pendant la stabilisation
Dans l’attente de ce package, l’UEL propose une approche de précaution qui consiste à éviter toute décision qui creuserait mécaniquement le déficit, tel qu’un moratoire sur les prestations en nature. L’UEL appelle à ce stade à la responsabilité de tous les acteurs. Le Luxembourg dispose d’un atout indéniable : la capacité de co-construire des réformes opérationnelles avec les acteurs de terrain. Il faut préserver cette méthode dans l’intérêt d’un système de santé stable, prévisible et durable, au bénéfice des assurés, des prestataires et des employeurs.
¹ Analyse de la situation financière de l’assurance maladie-maternité par le comité quadripartite
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² Assurance maladie-maternité: état des lieux financier, actions en vue du redressement de la trajectoire de financement et structuration des échanges avec l’Association des médecins et médecins-dentistes
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