Publication du texte intégral du discours prononcé par M. Nicolas Henckes, secrétaire général de l'UEL à la Journée de sensibilisation du lundi 28 avril 2014 sur le thème EmploiS et HandicapS organisée par le Ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Economie sociale et solidaire.

Monsieur le Ministre,

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d’abord remercier le Ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Economie sociale et solidaire d’avoir pris l’initiative de cette journée de sensibilisation et pour m’avoir invité à prendre la parole. Le thème du handicap est, il faut en convenir, souvent secondaire pour les entreprises, compte tenu de tous les défis auxquelles elles doivent déjà faire face par ailleurs.

Une sensibilisation des dirigeants d’entreprises est donc nécessaire pour que la problématique ne soit pas purement et simplement ignorée. Sans vouloir généraliser outre mesure, cette sensibilisation me semble surtout utile au niveau des PME pour trois raisons:

  • Premièrement, elles offrent un cadre souvent moins réglementé en interne, plus souple et donc plus à même de s’adapter aux cas individuels,
  • Deuxièmement, même si de nombreuses PME sont déjà engagées dans des démarches dans ce contexte, il y a encore de la marge de progression.
  • Enfin, les grandes entreprises ont la masse critique qui leur permet d’embaucher des spécialistes des ressources humaines, bien au fait de ce défi. Les PME, elles, ont le plus souvent besoin d’expertise externe.

En effet, il existe de nombreux textes plus ou moins contraignants qui incitent ou imposent de faire du marché du travail un marché du travail «inclusif». La Convention relative aux Droits des Personnes Handicapées de l’ONU citée dans le carton d’invitation du présent événement en est un exemple parmi d’autres. Il y a évidemment les directives européennes de lutte contre les discriminations ou visant la mise en place d'un cadre général en faveur de l'égalité de traitement, directives transposées dans le code du travail luxembourgeois. Les entreprises doivent bien sûr avoir une pleine connaissance de ces textes.

Au delà des obligations légales, l’UEL a parfaitement conscience de la responsabilité des entreprises en matière d’inclusion, car le travail est LE facteur clé d’inclusion des femmes et des hommes dans la société

  • Premièrement, par le biais de la rémunération, il offre les moyens pour vivre et je rejoins Monsieur le Ministre quand il insiste en d’autres occasions sur le lien entre misère et chômage qui s’alimentent l’un l’autre,
  • Deuxièmement, le travail crée des liens sociaux, et
  • Troisièmement, il permet la construction d’un sentiment d’utilité par la reconnaissance du travail accompli.

Ces éléments sont connus et ont été évoqués à plusieurs reprises lors de la récente conférence sur l’accès à l’emploi des demandeurs d’emploi les plus éloignés du marché du travail.

Le but fondamental d’une entreprise reste toutefois celui de réaliser des bénéfices. Cet objectif doit être atteint dans un environnement de plus en plus compétitif, comprimant les marges des entreprises et forçant ces dernières à limiter leurs coûts. L’intégration et l’inclusion de personnes handicapées n’apparaissant pas comme absolument nécessaire à la performance ou à la survie de l’entreprise, elles risquent dès lors de passer à la trappe, sans que l’on puisse véritablement en tenir rigueur aux dirigeants.

En même temps, on voit apparaître une certaine volonté, plus ou moins poussée et formalisée, pour développer une dimension sociale de l’entreprise, voire pour développer des entreprises « sociales », « solidaires ». Si l’idéal reste a priori l’inclusion dans des entreprises de l’économie marchande réelle, elle est dans certains cas impossible. L’économie solidaire a dès lors sans aucun doute sa place pour une partie de ces personnes vraiment trop éloignées du marché du travail. Je me dois toutefois de préciser au passage qu’il faut prendre garde à ce que ces structures n’entrent pas en concurrence avec les entreprises actives dans l’économie réelle. Il existe heureusement suffisamment d’activités d’utilité publique délaissées par les entreprises, car non rentables avec les charges qui leur sont imposées.

En réalité, en matière d’inclusion, la diversité des cas individuels rend difficile toute gestion par l’imposition de règles générales, par essence aveugles, et il importe surtout de trouver des solutions originales et innovantes en pratique.

L’UEL estime donc que la motivation est LE moteur essentiel dans ce type de démarche:

  • Il y a nécessité d’actions plus ponctuelles comme celle d’aujourd’hui pour éveiller les consciences et motiver les dirigeants d’entreprises.
  • Il y a de plus nécessité d’actions sur le long terme comme celles menées par l’INDR qui met l’accent entre autres sur la richesse produite par la diversité et sur les bienfaits à long terme de l’inclusion dans tous ses aspects.

La mission de l’INDR est ainsi de promouvoir la responsabilité sociale des entreprises, la RSE, auprès des entreprises nationales afin qu’elles contribuent au développement durable et améliorent leur compétitivité en même temps que leur image. Cette promotion est faite à travers la création d’un label unique en son genre, le label ESR, Entreprise Socialement Responsable. A ce jour, 70 entreprises ont été labellisées et d’autres sont en ce moment même dans le processus. Ce label intègre de fait les questions liées au recrutement et à l’inclusion des personnes en situation de handicap.

Au delà de cette initiative des organisations patronales, il y a d’autres pistes pour mettre en œuvre cette volonté d’inclusion qui seront présentées au cours de cette journée:

  • Premièrement, des aides légales importantes au Luxembourg tant en terme financier qu’en terme de support. Les entreprises ont besoin d’accompagnement par des structures externes pour les travailleurs plus éloignés du marché du travail, car elles doivent pouvoir mener à bien leurs activités et ne sont pas outillées pour accompagner des personnes en plus grande difficulté.
  • Deuxièmement, les bonnes pratiques des entreprises qui se sont lancées, le plus souvent de leur propre chef quand l’occasion s’est présentée. En effet, on peut constater que beaucoup d’entreprises sont déjà engagées dans une démarche d’inclusion au sens large, un peu comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir.

En ce sens, je tiens à remercier au nom de l’UEL les entreprises présentes de bien vouloir partager leurs expériences en la matière.

Je souhaite aussi vous indiquer l’existence de la Charte de la Diversité Lëtzebuerg. La Charte est une initiative d’entreprises privées et publiques, associations et administrations regroupées au sein de l’IMS Luxembourg, Institut pour le Mouvement Sociétal. Il s’agit concrètement d’un texte d’engagement de 6 articles proposé à la signature des entreprises afin que celles-ci s’engagent à agir en faveur de la promotion de la diversité par des actions concrètes allant au-delà des obligations légales. L’objectif de cette Charte est d’inciter les entreprises à respecter et à promouvoir la diversité et l’UEL va la signer très prochainement.

Pour conclure, une anecdote personnelle. Dans une vie antérieure en tant que dirigeant d’une PME de 37 personnes, je n’ai jamais recruté de personne handicapée. L’occasion ne s’est jamais présentée et en toute honnêteté, j’étais bien trop accaparé par d’autres préoccupations pour chercher activement à faire un tel recrutement. Néanmoins, une autre occasion m’a été donnée. Etant éditeur de bases de données juridiques en ligne, je me suis trouvé confronté au cas d’un avocat non-voyant, dont le quotidien était outrageusement compliqué par le fait qu’il devait transformer tous ses textes juridiques en braille. Il faisait photocopier des pages et des pages qu’il scannait et intégrait dans son logiciel qui lui lisait alors à voix haute le contenu ou qui le lui transcrivait sur son clavier braille. Lui demandant pourquoi il n’utilisait pas nos bases de données dont les textes étaient proprement encodés, il me démontra que notre ergonomie de site, faite pour des voyants avec plein d’éléments visuels visant à améliorer l’expérience utilisateur, rendait notre outil ingérable pour son logiciel. J’ai alors demandé à mes chefs de projets informatiques de développer une version optimisée pour ces besoins, version dépouillée de toutes les informations visuelles inutiles et adaptée au mode de fonctionnement de son logiciel et à ses habitudes de navigation internet. L’investissement a représenté 10 jours/homme au final. L’abonnement ne lui a pas été facturé plus cher pour autant. Nous n’avons jamais eu d’autre avocat non-voyant parmi nos clients, mais mon équipe et moi-même avons eu l’impression très gratifiante d’avoir fait ce qu’il fallait.

Cette anecdote permet d’illustrer le fait que chaque activité peut donner la possibilité de faire quelque chose, chacun à son échelle. Pour cela, il faut rester à l’écoute et ouvert aux autres. A l’impossible nul n’est tenu, mais si les circonstances vous offrent une opportunité de changer les choses sans effort démesuré, il est de votre responsabilité de la saisir. N’oubliez pas, le handicap peut tous nous concerner un jour.

Au nom de l’UEL, et aussi de l’INDR, je souhaite une grande réussite à cette journée de sensibilisation.

Merci de m’avoir écouté.

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