Notre pays se trouve actuellement devant un certain nombre de choix difficiles parce que, après des années de croissance exceptionnelle, il a omis de tirer les conséquences de la crise qui a suivi l'année 2008. Les problèmes économiques et financiers subséquents ont été masqués par un endettement excessif.
Les adaptations indispensables ont été retardées et le débat national reste pollué par un nombre d’affirmations objectivement fausses, mais qui sèment le doute et font croire qu'on peut ignorer des vérités inconfortables. Pourtant, ouvrir les yeux à temps nous permettra peut-être de ne pas avoir à abandonner les niveaux de bien-être auxquels nous nous sommes habitués.
L’UEL et les organisations professionnelles qui la constituent représentent les 34.000 entreprises du pays dont plus de 95% ont moins de 50 personnes. Ces entreprises et leurs salariés représentent les forces vives du Luxembourg et elles s’inquiètent. Alors qu’il est encore temps de réagir, elles refusent de s’abandonner au son de nos berceuses favorites, toutes aussi tentantes que fausses :
1re berceuse : Le Luxembourg est peu endetté
Il est vrai que le niveau d'endettement du Luxembourg reste raisonnable, mais son rythme d'endettement est galopant. La dette publique du pays est passée de 2,5 à 10,7 milliards d’euros de 2007 à 2013, soit une progression de 328% en 6 ans. A politique constante, la dette entraînera chaque année un renchérissement des frais de financement et risque de fragiliser la place financière qui reste le principal pourvoyeur de recettes budgétaires. Une telle tendance pourrait très rapidement mener le pays à ses limites financières et devrait alors obligatoirement être stoppée nette par une politique d'austérité dévastatrice de notre tissu économique et fiscal.
En vérité, l'endettement de notre pays doit être ralenti dès maintenant pour garantir notre Etat providence.
2e berceuse : L'Etat n'est pas déficitaire
Il est vrai que l'excédent des recettes de la caisse de pension est telle qu'il égale l'endettement de l'Etat central, mais le calcul qui consiste à « compenser » les cotisations de pensions avec les dettes de l'Etat central est un vol pur et simple des cotisations sociales au bénéfice des dépenses courantes de l'Etat.
En vérité, depuis 2010, le gouvernement doit emprunter en moyenne 808 millions d’euros tous les ans pour financer le déficit de l’Etat central.
3e berceuse : Notre système de pension est solidement financé
Non, il est loin de l’être.
En vérité, les réserves sont très insuffisantes pour garantir nos pensions, car depuis longtemps notre système de pension n'est plus un système financé par la répartition, mais un système financé par la croissance exponentielle qui va inévitablement - comme tous les systèmes à boule de neige - atteindre ses limites financières. A titre d’illustration, à politique inchangée et sous réserve d’atteindre une croissance de 3%, les dépenses dépasseront les recettes dans 10 ans et les réserves seront épuisées dans 20 ans.
En clair, tous ceux qui ont moins de 45 ans aujourd'hui auront vu leurs réserves s'envoler. Pire! Depuis 2009, nous n’atteignons pas la croissance requise et les prévisions confirment que cela ne changera pas de sitôt. Notre système de pension, prétendument excédentaire, est à lui seul la plus grande menace financière qui pèse sur le pays.
4e berceuse : Le gouvernement fait une politique d’austérité
Il est vrai que certains Etats de l'Union européenne paient un lourd tribut à leurs excès financiers passés et qu'ils n'ont plus les moyens financiers à relancer l'économie par leurs propres forces. C'est regrettable, économiquement et socialement. Mais le Luxembourg n'est pas et n'a jamais été parmi ces Etats.
En vérité, depuis la crise les dépenses de l’Etat luxembourgeois ont presque toujours augmenté plus vite que les recettes. Aujourd’hui, ces dépenses continuent à augmenter bien plus vite que la croissance économique et il est donc malhonnête de parler d’austérité. C’est tout juste un retour à la raison par rapport aux excès du passé.
5e berceuse : L’Etat a fait des économies sur son propre fonctionnement
Au contraire, l’Etat et ses dépendances n’ont fait que grossir. Ainsi, sur les dix dernières années, le coût des traitements de la fonction publique a doublé et le secteur parapublic dans le domaine de la santé humaine et action sociale compte désormais plus de 40.000 employés, soit plus que n’en a jamais compté l’industrie sidérurgique à sa plus belle époque.
En vérité, la richesse du pays n’ayant pas progressé dans la même (dé)mesure, cette croissance du domaine public a été financée par l’endettement du pays.
6e berceuse : Les entreprises ne contribuent pas à l'effort national
Il est vrai que le gouvernement demande des efforts à tous et notamment aux ménages les mieux lotis par de nouvelles contributions. Cela ne signifie par pour autant que les entreprises ne contribuent pas.
En vérité, le paquet d’avenir annoncé par le gouvernement comporte des mesures qui impacteront les entreprises à hauteur de 200 à 250 millions par an en vitesse de croisière, alors qu’elles font face à une crise économique qui provoque une baisse de leur chiffre d’affaires et de leur marge. Ce sont les entreprises qui encaissent en tout premier lieu les effets de la crise, pendant que les gouvernements successifs ont tout fait pour préserver les ménages.
7e berceuse : Les entreprises sont fiscalement favorisées au détriment des particuliers
On entend souvent que les entreprises devraient enfin payer aussi plus d’impôts pour ménager les particuliers.
En vérité, si depuis la crise, la part des entreprises aux recettes de l’impôt direct a tendanciellement diminué et celle des particuliers augmenté, c'est parce que les revenus des entreprises ont chuté alors que les revenus des ménages ont été maintenus ou même augmentés.
Quant à l’impôt indirect, l'augmentation de la TVA atteint directement un très grand nombre d'entreprises: soit parce qu'elles paient la TVA (banques), soit parce que leur branche est très touchée par les augmentations (construction, cafés-restaurants), soit parce qu'elles prennent une partie de la TVA sur leurs marges. Mais surtout, l'indexation des salaires payée par les entreprises, rétablit le pouvoir d'achat que les consommateurs risquent de perdre par les augmentations de TVA.
8e berceuse : Le Luxembourg n'a pas de problème de compétitivité
Il est vrai que le Luxembourg a une économie hautement compétitive, mais il ne faut pas se laisser rassurer par une comparaison trompeuse avec nos voisins. Nos systèmes sociaux extraordinairement généreux ont besoin d’une compétitivité tout aussi extraordinaire.
En vérité, le Luxembourg perd du terrain à grande vitesse depuis des années : inflation structurellement plus élevée que les pays voisins, coûts de production en hausse, croissance continue du chômage… Or pour atteindre les objectifs ambitieux de croissance servant d'hypothèses pour le projet de budget 2015 et plus généralement pour la stabilité des finances publiques, la compétitivité des entreprises constitue une condition sine qua non.
Appel de l’UEL : Refusez que les berceuses dictent le débat !
Les berceuses citées sont autant de contre-vérités abondamment citées dans le débat public luxembourgeois. Il ne faut pas y croire, car elles cachent des vérités inconfortables qui pourtant nous rattraperont inévitablement. C’est en faisant face que nous pouvons surmonter ces défis et prendre les décisions qui s’imposent. L’avenir est à nous ! Les 34.000 entreprises luxembourgeoises, enracinées dans leur terroir, ne se déroberont pas à leur responsabilité principale : celle de faire tous les efforts nécessaires pour maintenir une croissance la plus forte possible qui soutiendra l’emploi et les finances publiques.
Luxembourg, le 9 décembre 2014






